Anuradha Gandhi : La Journée Internationale des Femmes, passé et présent

A l’occasion de la Journée Internationale des Femmes du 8 mars, nous publions ce texte de 2001 d’Anuradha Gandhi. Anuradha Gandhi fut une grande dirigeante du Parti Communiste d’Inde (maoïste) décédée en martyr en 2008. Tout au long de son engagement militant, elle a contribué à développer le mouvement des femmes en Inde en particulier dans les régions rurales. Son engagement communiste et féministe s’est accompagné d’une réflexion importante jetant les bases d’un féminisme prolétarien révolutionnaire. Nous publierons par ailleurs son article majeur Les courants philosophiques dans le mouvement féministe la semaine prochaine.

La Journée Internationale des Femmes
Passé et Présent

Anuradha Gandhi

Le 8 mars 2001 est le 91e anniversaire de la Journée Internationale des Femmes (JIF), qui a été déclarée pour la première fois en 1910. Cette année là, Clara Zetkin, inspirée par le mouvement des femmes de la classe ouvrière en Amérique, a proposé à la Seconde Conférence Internationale des Femmes Travailleuses Socialistes qu’une célébration annuelle de la journée des femmes soit tenue. La rencontre de l’Internationale Socialiste à Copenhague, Danemark, a établi une Journée des Femmes, de caractère international, pour honorer le mouvement pour les droits des femmes et pour aider à l’accomplissement du suffrage universel pour les femmes. Cette proposition a été saluée avec une approbation unanime par la conférence de 100 femmes venant de 17 pays. Aucune date n’avait été fixée pour cette célébration.

Résultat de cette décision, la première Journée Internationale des Femmes s’est déroulée le 19 mars 1911 en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Suisse, où plus d’un million de femmes et d’hommes ont participé à des manifestations. En plus du droit de vote, elles ont revendiqué le droit au travail, à la formation professionnelle, et à la fin des discriminations au travail. La date a été choisie par les femmes allemandes pour le 19 mars car ce jour-là en 1848, le roi prussien, faisant face à un soulèvement armé, avait promis plusieurs réformes, dont une qui n’a pas été tenue : le droit de vote pour les femmes.

En 1913, la date de la JIF a été changée pour le 8 mars. Cela a été fait pour commémorer deux événements importants s’étant produit ce jour-là. Le 8 mars 1857, les travailleuses du textile et de l’habillement de New York ont tenu, pour la première fois, une manifestation contre les conditions de travail inhumaine, la journée de 12 heures et les bas salaires. Les manifestantes ont été attaquées et dispersées par la police. Deux années plus tard, encore en mars, ces femmes ont formé leur premier syndicat. Le 8 mars 1908, 15 000 femmes ont manifesté à travers la ville de New York pour exiger des heures de travail plus courtes, des meilleurs payes, le droit de vote et la fin du travail des enfants. Elles ont adopté le slogan « Du Pain et des Roses » ; le pain symbolisant la sécurité et économique et les roses, une meilleure qualité de vie. En mai, cette même année, le Parti Socialiste d’Amérique a désigné le dernier dimanche de Février pour célébrer la Journée Nationale des Femmes.

La première Journée Nationale des Femmes s’est tenue le 28 février 1909 aux Etats-Unis. Bientôt, les femmes en Europe ont commencé à célébrer la Journée des Femmes le dernier dimanche de Février. C’est dans ce contexte que Clara Zetkin a mis en avant la proposition pour une Journée Internationale des Femmes à la Conférence Internationale des Femmes Socialistes de 1910. Pendant la semaine des premières célébrations, le 5 mars 1911, plus de 140 travailleuses ont été tuées lors du tragique incendie de l’usine Triangle Shirtwaist aux Etats-Unis. Cet événement a eu un effet considérable sur la législation du travail aux Etats-Unis et a donné à la JIF un grand élan.

A la veille de la Première Guerre Mondiale, les femmes russes ont participé à leur première Journée Internationale des Femmes en 1913. Ailleurs en Europe, le 8 mars de l’année suivante, les femmes ont tenu des rassemblements soit pour manifester contre la guerre soit pour exprimer leur solidarité avec les femmes opprimées. La plus fameuses Journée Internationale des Femmes Travailleuses a été la grève du 8 mars 1917 (24 février dans le calendrier russe) pour « le pain et la paix » dirigée par les femmes russes de Saint-Pétersbourg. Aussi bien Clara Zetkin qu’Alexandra Kollontai ont pris part à cet événement. La grève de la JIF s’est joint aux révoltes qui se sont répandues à travers la ville entre les 8 et 12 mars. La Révolution de Février, comme elle est connue, a forcée le Tsar à abdiquer.

En Union Soviétique, le 8 mars a été déclaré jour férié et accompagné par une célébration de « l’héroïque travailleuse ». Depuis lors, le 8 mars a gagné en signification, et sa célébration à travers le monde a été marqué par une reconnaissance grandissante des droits des femmes. Les grandes avancées accomplies dans les droits des femmes en Union Soviétique, après la révolution socialiste, ont été une inspiration pour les femmes à travers le monde. La révolution chinoise en 1949 a montré comment, même dans un des pays les plus arriérés au monde, les femmes peuvent être éveillées pour le changement. Les enjambées gigantesques faites par les femmes dans la Chine socialiste ont été un exemple vivant pour les femmes à travers le Tiers Monde. En particulier, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, et ses attaques permanentes contre la pensée confucéenne féodale, a agi comme une grande source pour l’émancipation des femmes en Chine. La Camarade Jiang Qing en a été l’exemple vivant.

Les années 1960 et 1970, qui ont connu un fort soulèvement démocratique dans les pays capitalistes et de puissants mouvements de libération nationale dans le Tiers Monde, ont aussi témoigné d’un rajeunissement du mouvement de libération des femmes. Le mouvement a eu un impact si important à travers le monde que les impérialistes ont cherché à le détruire en usant de la cooptation et de la diversion dans des formes plus acceptables. Cela a résulté dans de grandes ONG financées de manière privée ou par l’État attaquant véhément le socialisme et mettent en avant une forme bourgeoise de féminisme. Le processus de cooptation a culminé lorsque les Nations Unies ont officiellement reconnu le 8 mars comme la Journée Internationale des Femmes en 1977. Depuis lors, les organisations les plus bourgeoises et réactionnaires ont aussi commencé à « célébrer » le 8 mars, privant celui-ci de son contenu révolutionnaire et de sa grande histoire de lutte qui l’a fait naître. Ce processus a été d’autant plus accéléré avec le renversement du socialisme, d’abord en Union Soviétique, et, plus tard, en Chine. Le premier dégât de ces renversements a été le déni de certains droits acquis par les femmes sous le socialisme.

Aujourd’hui encore, la Journée Internationale des Femmes continue à vivre parmi les femmes opprimées dans le monde. Le recul temporaire du mouvement communiste et du socialisme, et la réaffirmation du capitalisme/impérialisme, ont frappé durement les femmes. La mondialisation, et la crasse de consumérisme lui étant associée, ont attesté une marchandisation de masse des femmes, à une échelle jamais vue auparavant. L’industrie de la cosmétique, le tourisme et les médias bourgeois ont dégradé le corps de la femme comme jamais auparavant, sans aucun respect de leur individualité. Cela, couplé avec la pauvreté de masse, a conduit des populations entières à se tourner vers la prostitution comme en témoigne l’Europe de l’Est, l’Asie de l’Est, le Népal etc. Couplé à cela, la montée du fondamentalisme religieux et de diverses sectes à travers le monde poussent d’autres segments des femmes à retourner au statut du Moyen-Âge. Coincé entre ces deux extrêmes, les femmes, aujourd’hui, plus que jamais, ressentent le besoin d’affirmation, de respect et d’égalité avec leur pendant masculin. Le 8 mars a, ainsi, une signification encore plus grande aujourd’hui.

Les révisionnistes et les libéraux bourgeois cherchent à saper l’esprit de liberté des femmes, montrant un faux « intérêt », se comportant en sauveurs condescendants, confinant les femmes à leur maison. Ils font des compromis avec les valeurs patriarcales, les traditions féodales et la peur de l’émancipation et l’affirmation des femmes. Bien sûr, ils « célèbrent » aussi la journée des femmes, comme une routine, en publiant leurs communiqués hypocrites habituels.

Ce sont les forces révolutionnaires à travers le monde, et, plus particulièrement, les maoïstes, qui ont ramené une éclatante vitalité à la JIF, faisant de celle-ci, encore une fois, une journée symbolisant la lutte des femmes pour la liberté, l’estime de soi, l’égalité et l’émancipation de toutes les valeurs patriarcales et pratiques d’exploitation. C’est cet esprit révolutionnaire qui attise l’espoir d’un avenir pour les femmes opprimées d’Inde et du monde entier.

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