Du rouge à lèvres sous ma burqa : un film féministe censuré en Inde

Plusieurs vedettes de Bollywood dénoncent une nouvelle censure du gouvernement indien. La certification du film Lipstick under my burkha (Du rouge à lèvres sous ma burqa) vient d’être rejetée parce qu’il aborde des questions taboues dans une société indienne encore très conservatrice.

L’amour et le sexe demeurent très tabous, même au pays du Kamasutra. Une veuve de 55 ans qui redécouvre sa sexualité, une jeune femme qui se rebelle pour contrôler son corps… C’est trop pour le Conseil central de certification des films, plus connu en Inde comme le « Bureau de la censure ».

Le film raconte l’histoire de quatre femmes musulmanes avides de libertés dans un petit village d’Inde. Il y est notamment question de relations sexuelles libres.

Dans sa décision, le CBFC écrit que le film est trop « orienté sur la femme », que leurs « fantasmes passent avant leur vie » et qu’il contient des scènes de sexe, de propos injurieux, de la « pornographie sonore » qui pourraient « heurter la sensibilité d’une partie de la société ».

La réalisatrice Alankrita Shrivastava a déclaré dans un communiqué qu’il s’agit d’une « agression contre les droits des femmes » et qu’elle se battra jusqu’au bout pour que le public indien puisse voir son film.

Le vrai problème, ce n’est pas le film, mais la société patriarcale. Ce film […] est attaqué parce qu’il présente un point de vue féminin. Les femmes n’ont-elles pas le droit à la liberté d’expression?

Alankrita Shrivastava, réalisatrice de « Lipstick under my burkha »

« Le cinéma grand public en Inde est déterminé par le regard des hommes. Nous avons l’habitude de regarder les femmes comme des objets de désir et principalement dans des rôles secondaires. Alors, quand un film parle des désirs intimes de femmes, et leur urgence de prendre le contrôle de leur corps et de leur vie, ça ébranle les colonnes du temple », dit la réalisatrice de 36 ans.

L’ONG Oxfam, qui lui avait attribué, en octobre, le prix du meilleur film en faveur de l’égalité des sexes, a réagi sur son site web. « Ce film avait été choisi pour sa façon d’aborder, avec créativité et efficacité, les sujets du viol conjugal, du conservatisme religieux, de la sexualité des femmes âgées et des femmes qui prennent le contrôle de leur corps. »

Lipstick under my burkha a aussi remporté le prix du meilleur film dans la catégorie « Esprit de l’Asie », au Festival international du film de Tokyo. Le film a par ailleurs été bien accueilli par la critique dans un festival en Égypte.

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