Une famille exemplaire

La famille Gajarla a épousé la cause maoïste et donné quatre de ses fils au mouvement naxalite.

Les habitants du village de Velishala, au Telangana, se méfient des étrangers. Ce n’est pas surprenant vu que le village abrite la famille Gajarla qui, au fil des ans, a épousé la cause maoïste et a donné quatre de ses fils au mouvement naxalite. L’un des fils, Gajarla Ravi, 48 ans, est actuellement un huat dirigeant du Parti communiste de l’Inde (maoïste).

Lorsque le mouvement naxalite en était à ses débuts, Malliah et Kankamma, qui appartenaient à la communauté Goud, possédaient sept acres de terre et beaucoup de palmiers. Comme les seigneurs féodaux avaient exploité les roturiers, Mallaih avait abrité des Naxalites dans sa maison. Ses trois filles, quoique mariées dans différents villages, donnèrent aussi l’abri aux Naxalites. Rajaiah, le fils aîné de Mallaiah, a rejoint le mouvement Naxalite mais est mort d’une maladie tout en demeurant clandestin. Son second fils, Sammaiah, qui n’a pas adhéré au mouvement, s’est retiré des charbonnages Singareni et vit maintenant alternativement à Hanamkonda et Mancherial. Le troisième fils, Saraiah, alias Azad, a été tué en 2008 dans un prétendu face à face avec la police dans les forêts de Kantanapally d’Eturnagaram dans l’ancien district de Warangal. Padma, l’épouse de Saraiah, a également été tuée dans le même prétendu échange de coups de feu. Saraiah, était membre du comité central du PCI (maoïste) en charge de la commission militaire centrale et était active au Chhattisgarh pendant un certain temps. Après sa mort lors d’un pseudo face à face policier, le corps d’Azad a reçu l’accueil d’un héros. En fait un buste d’Azad a été maintenu au sommet d’un pylône, avant d’être détruit par la police le lendemain. Le quatrième fils, Ravi, alias Ganesh, alias Uday, a rejoint les Naxalites en 1992 et s’est élevé progressivement à travers leurs rangs. Le fils le plus jeune, Ashok alias Itu, s’est récemment rendu à la police à Hyderabad, invoquant sa mauvaise santé, et vit depuis avec Sammaiah, son frère retraité à Hanamkonda.

Après le massacre de Malkangiri en octobre, au cours duquel environ 30 maoïstes ont été tués, on disait que Ramakrishna, alias Saketh, le secrétaire à la frontière Andhra-Odisha, avait été tué lors du tir. Le village de Velishala est alors entré en deuil parce qu’on croyait que Gajarla Ravi, lui aussi, avait été tué dans le même massacre. La police a trouvé des documents, dont l’un était intitulé «12ème session plénière annuelle du Comité spécial Zonal». La réunion a eu lieu en août et le document dirait que Ramakrishna aurait été remplacé par Ravi. Les informations se trouveraient à la page 4 du document codé. Il s’agirait d’une promotion naturelle pour Ravi, étant donné son ancienneté, mais la raison pour laquelle Ramakrishna aurait été remplacé n’est pas claire. Ravi était l’un des représentants de la délégation du Groupe People’s War (PWG), dirigée par Ramakrishna lors des pourparlers de paix avec le gouvernement du Congrès en 2004-05. Ravi est marié à Pramila, alias Jilani Begum, la commandante  du district de Malkangiri. Elle a rejoint le mouvement après avoir été arrêtée puis relâchée. Ravi était le secrétaire du comité de division Malkangiri-Koraput-Srikakulam et membre du comité zonal spécial d’AOB (frontière Andha Orisha) avant d’être élevé au poste de secrétaire.

Krishnaswamy, le voisin et en même temps compagnon Naxalite de Ravi: «Nous avions l’habitude de mettre des affiches et faire les courses pour les Naxalites à partir de sept ans.» En 1992, Ravi et Krishnaswamy ont rejoint le mouvement. Ravi avait terminé son IUT et Krishnaswamy venait de terminer ses études de deuxième année.

Krishnaswamy rejoint un dalam commandé par Jampanna. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il aimerait faire, il a dit qu’il voulait être médecin. Alors il a lu un peu et a pratiqué beaucoup et a été bientôt connu comme le médecin du dalam. «Je pourrais faire un travail primaire, mais si ça devenait sérieux, on envoyait les malades dans les hôpitaux,» dit-il. Il soignait les tribaux quand ils venaient avec des problèmes simples. Ravi et Krishnaswamy ont travaillé ensemble pendant un certain temps jusqu’à ce que Ravi soit déplacé à l’AOB alors que Krishnaswamy a décidé de rester à Dakshin au Bastar. La femme de Krishnaswamy a été tuée dans un pseudo face à face et après plusieurs années il a épousé Lalita, une fille tribale locale, qui était également dans le mouvement. Maintenant les deux vivent dans Velishala et s’occupent de leurs deux acres de terre.

«J’ai travaillé de six à sept ans en NTFT. En 1999, je suis allé au Chattisgarh et ai été à Dakshin dans la région du  Bastar pendant 12 ans. Il y a eu une rencontre en 2009 avec le CRPF (forces policières) alors que nous nous battions contre le Salwa Judum (milice NDT). Nous étions dans une offensive et nous étions 200 contre 70 membres de la police du Chattisgarh. J’étais en train de guider 25 membres quand j’ai été touché : deux balles sur le côté droit de la poitrine et deux sur le bras droit. J’ai alors réalisé qu’il n’était pas possible pour quiconque de m’aider. J’ai porté mon fusil Insas et couru une courte distance pour me mettre à couvert. Mes camarades m’ont ensuite emmené dans la jungle sur une civière. » Une des balles a ricoché et frappé son œil. Lentement, il a commencé à perdre la vue et après six mois le mouvement l’a envoyé se faire soigner.

Il était à Bhuvanagiri (Bhongir), à environ 100 km d’Hyderabad, lorsqu’il a été arrêté et placé en garde à vue, mais a été libéré après quatre mois et il est retourné à Velishala. Il a été opéré d’un glaucome à l’oeil droit, aussi. Son œil gauche est maintenant perdu. Krishnaswamy était très ému en se rappelant les jours d’autrefois et Ravi, et dit: « Ravi ne quittera jamais le mouvement. Il y mourra. En fait, c’est moi qui ai échoué parce que je suis parti et maintenant je dois vivre ma vie parmi les gens ordinaires. Moi aussi, j’aurais dû rester là-bas. » Il a dit qu’il avait vraiment une vie meilleure dans le mouvement par rapport à celle qu’il a maintenant. Ravi lui avait écrit une lettre déclarant que s’il avait pris soin de lui, il aurait pu rejoindre le mouvement. En juin 2015, la police a arrêté Krishnaswamy pour avoir prétendument posé des affiches dans et autour du village. Bien que Krishnaswamy n’ait rien à voir avec cela, il a été torturé sévèrement.

Krishnaswamy, qui était dans le mouvement pendant plus de 20 ans, est une encyclopédie sur le maoïsme, mais il reste mesuré dans son discours. Il sait que la police le surveille toujours.

Interview de Ravi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *