Reprise des négociations sur la vente de six EPR à l’Inde par le trust EDF

New Delhi verrait bien EDF démarrer la construction des réacteurs à eau pressurisée au plus tard début 2019.

Enlisées depuis dix ans, les négociations sur la vente de réacteurs EPR à l’Inde ont repris. Le premier ministre indien, Narendra Modi, a confirmé son intérêt pour l’achat de six réacteurs à eau pressurisée de troisième génération, lors d’un entretien qu’il a eu, dimanche 8 janvier, avec le ministre français des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, en visite officielle à Bangalore, Ahmedabad et New Delhi.

En février 2009, la France avait signé un protocole d’accord avec l’Inde pour la livraison de deux à six réacteurs nucléaires, avant que les négociations butent sur le prix et le partage des responsabilités en cas d’accident. La loi indienne engage en effet la responsabilité du fournisseur, en l’occurrence EDF, et non celle de la Nuclear Power Corporation of India (NPCIL), la compagnie publique qui exploite les centrales nucléaires du sous-continent.
Des négociations sur ce point ont néanmoins repris durant l’été 2016 et prévoient, entre autres possibilités, un accord-cadre incluant un pool d’assureurs.

Il y a exactement un an, le passage de François Hollande en Inde avait permis à EDF de signer un protocole de coopération avec les autorités indiennes pourrelancer le dossier, à la suite de quoi l’électricien français a remis une première offre indicative, en juin 2016. Il était alors prévu qu’EDF, qui mène les discussionspuisque l’activité réacteurs nucléaires d’Areva est entrée dans son giron, rende en décembre un rapport détaillé fixant les grandes lignes techniques du projet. Ce document a pris du retard.

Projet pharaonique

« Nous n’en sommes qu’au stade préliminaire », affirme Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, qui a rencontré à son tour M. Modi, mardi 10 janvier. « Jaitapur est un projet essentiel pour l’Inde, car cette centrale assurerait 5 % environ des besoins du pays en électricité », observe-t-il. EDF pense aussi que le passage de M. Ayrault, cette semaine, aura été un coup de pouce supplémentaire. « Avec M. Modi, les choses vont plus vite qu’avant, estime M. Lévy. Le premier ministre indien est un homme pragmatique qui a trouvé dans la France et son gouvernement un partenaire de confiance. Il sait que nous respecterons nos engagements. »

A New Delhi, les services du premier ministre ne cachent pas qu’ils verraient d’un bon œil le chantier démarrer au plus tard début 2019, juste avant les prochaines élections générales, lors desquelles M. Modi cherchera à rempiler pour un second quinquennat. Mais le parcours risque d’être semé d’embûches. Car la mobilisation des opposants a repris à Jaitapur, ou plus exactement sur le plateau de Madban choisi pour accueillir les réacteurs d’EDF. Dans cette commune du district de Ratnagiri, sur la côte ouest de l’Inde, agriculteurs, pêcheurs, défenseurs de l’environnement et militants antinucléaires se sont donné rendez-vous le 25 janvier, veille de la fête nationale du « Republic Day », pour dire non à la centrale.

Le projet est pharaonique, puisqu’il s’agit d’implanter au bord de la mer d’Arabie, à mi-distance de Bombay et Goa, rien moins qu’une capacité de production d’électricité de 9 900 MW, ce qui ferait de Jaitapur la centrale nucléaire la plus puissante au monde. Elle représenterait à elle seule l’équivalent de 20 % de la production nucléaire française et pour l’instant, son coût approximatif est évalué, au bas mot, à 60 milliards de dollars (56,7 milliards d’euros).

Le Monde

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