Pour les femmes célibataires, impossible de trouver un logement en Inde

Vouloir vivre seules relève du parcours du combattant pour de nombreuses Indiennes. La vaste majorité des propriétaires refusent de louer un appartement aux célibataires pour ne pas nuire à la réputation de l’immeuble.

Un reportage de Thomas Gerbet, correspondant en Inde

« Avez-vous un fiancé? ». « Pourquoi vivez-vous seule? ». Ces questions aux célibataires sont devenues habituelles lors des entrevues afin d’obtenir un logement. Dans ce pays, le fait qu’une femme parvient à subvenir elle-même à ses besoins est encore suspect.

Nidhi, une résidente de Mumbai dans la trentaine a été incapable de trouver un toit, malgré plusieurs semaines de recherches. Elle a dû se résigner à aller vivre chez des amis.

Chaque fois, j’avais l’impression d’être interrogée comme une criminelle. Ils me mettaient mal à l’aise.

Nidhi, célibataire de Mumbai

Nidhi fait partie des 25 % d’Indiennes qui travaillent. Elle gagne sa vie sans avoir besoin d’un homme pour la soutenir et veut tout simplement avoir son chez-soi. Un jour, l’administrateur d’un immeuble en copropriété a clairement laissé entendre que, si elle recevait des hommes chez elle, c’est qu’elle était peut-être une prostituée. Une fille qui fréquente un garçon sans être mariée fait encore face aux jugements en Inde.

Pour eux, une femme doit passer directement de la maison du père à la maison du mari.

Ritu Bhatia célibataire de Mumbai

Ritu Bhatia a eu, elle aussi, à subir des questions comme : « Qui va payer le loyer? » La célibataire de 38 ans, qui gagne sa vie comme auteure, a passé des dizaines d’entrevues avant qu’un propriétaire l’accepte. Et encore, elle n’était pas au bout de ses peines. L’un de ses ex-propriétaires lui a déjà interdit de rentrer dans l’immeuble après 23 h. Même des hommes de sa propre famille ont eu des problèmes pour lui rendre visite.

Les agents immobiliers reçoivent de plus en plus d’appels de célibataires, soit environ la moitié des requêtes, selon ceux à qui nous avons parlé. Rajesh Kotak est obligé de les refuser la plupart du temps.

Il n’y a que 1 ou 2 % des propriétaires qui vont les accepter.

Rajesh Kotak, agent immobilier à Mumbai.

« Les célibataires, souvent, ils rentrent tard, ils organisent des fêtes, ça fait du bruit. Il n’y a que des familles qui vivent dans ces immeubles », explique l’agent immobilier, qui qualifie cette situation d’« injuste ».

Protéger la « culture »

Des propriétaires vont même jusqu’à exiger le nom de chaque personne qui se rend dans l’appartement de la célibataire, en plus de leur demander une lettre ou un certificat de mariage. Certains poussent l’audace jusqu’à ouvrir le sac des visiteurs.

Certains propriétaires se justifient en disant qu’ils veulent protéger la culture indienne, qui, selon eux, ne cadre pas avec des filles qui sortent boire des verres et rentrent tard le soir.

« Je ne sais pas qui leur a donné le mandat de protéger notre culture. Notre culture et très bien protégée. Et, de toute façon, une culture qui ne protège pas les droits de ses femmes mérite-t-elle d’être protégée? Refuser de fournir un toit, c’est une drôle de façon de protéger. »

« Leur mode de vie est un problème », rétorque Janvi Singh, la présidente de la société de logement Mahada Housing, dans le quartier Andheri, à Mumbai. La femme apparaît dans un nouveau documentaire indien qui traite de cet enjeu de la société indienne,Bachelor girls.

Quand elles sont avec leurs familles, elles agissent correctement et restent tranquilles parce qu’elles craignent leurs parents. Mais, quand elles sont seules, elles ont des libertés et portent des vêtements inappropriés.

Janvi Singh, présidente de la société de logement Mahada Housing

Ritu Bhatia explique avoir opté pour des vêtements traditionnels lors de ses entrevues, plutôt que pour des vêtements modernes, pour mettre toutes les chances de son côté.

Discrimination illégale

Chaque administration de copropriétés ou chaque société de logement a le pouvoir d’imposer ses propres règles, dans la mesure où elles ne sont pas discriminatoires. Mais difficile de prouver qu’on a été rejeté par une règle non écrite…

En 2004, la lauréate de Miss India a perdu sa couronne pour une affaire de location de logement. Lakshmi Pandit avait fait croire qu’elle était mariée pour pouvoir louer un appartement à Mumbai, alors qu’elle était en fait célibataire.

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