L’attaque de Sukma vue du côté du peuple

L’attaque du 24 avril contre la Central Reserve Police Force de l’inde (CRPF) menée par les insurgés maoïstes dans l’État du Chhattisgarh a suscité une vive réaction non seulement des dirigeants indiens mais aussi de ceux d’Israël.

L’embuscade a laissé 26 soldats morts. L’incident s’est produit dans le district de Sukma d’un État qui est sous l’influence de l’insurrection maoïste depuis plusieurs années.

Alors que le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, a tweeté que le «sacrifice» des «martyrs» ne sera pas en vain, les médias bellcistes ont critiqué l’incident comme montrant l’échec du renseignement et le manque de volonté politique pour faire face aux maoïstes. L’opposition a également renforcé sa critique du gouvernement accusé de ne pas faire assez pour s’attaquer à la «plus grande menace pour la sécurité intérieure du pays». Une section des civils a organisé des veillées en mémoire des soldats tués.

En effet, il est triste que tant de soldats soient morts et aient laissé derrière eux des veuves, des enfants et des parents. En plus, ces soldats proviennent de familles pauvres ou de classe moyenne. Mais ceux qui répandent des larmes pour les soldats morts doivent aussi voir l’autre côté de l’histoire. Ils doivent se demander pourquoi ils n’offusquent jamais des violences commises par les soldats sur des civils ordinaires au nom de la soi-disant guerre contre le terrorisme? Combien de fois les bougies sont-elles allumées pour organiser des veillées pour les personnes ordinaires qui sont tuées par des soldats ou qui sont devenues des cadavres vivants à cause des viols en garde à vue? N’est-il pas le moment de regarder les raisons qui conduisent à de telles tragédies? Si oui, alors, qui devrait être accusé? Pour cela, nous devons aborder les raisons de ce conflit sanglant et la réponse de l’État.

Les maoïstes mènent une guerre de classe en Inde depuis 1967. Le Chhattisgarh est l’un des dix États indiens où un conflit armé a eu lieu entre les forces paramilitaires et les extrémistes de gauche qui cherchent à renverser le gouvernement et à établir une société sans classes. Leurs bases sont principalement situées dans les zones tribales qui ont des ressources minérales riches. L’industrie extractive et le gouvernement ont créé une situation qui a poussé la population tribale vers les maoïstes.

Les tribaux qui ne représentent que huit pour cent de la population du pays restent exposées à l’expulsion et à l’exploitation par l’industrie minière. La violence structurelle en a transformé beaucoup en sympathisants maoïstes. Pour être justes avec les maoïstes, il faut reconnaître qu’ils ont fourni un modèle de développement alternatif dans certains domaines, comme le sens de la dignité pour les femmes tribales, qui ont toujours été vulnérables à la violence sexuelle exercée par les policiers et garde forestiers. Ce n’est pas sans raison que les femmes tribales font également partie des escouades maoïstes.

Les maoïstes ont notamment contribué à la construction de centres de santé, d’écoles et de réservoirs d’eau dans les zones libérées grâce au travail bénévole afin de rendre les populations tribales autonomes. Ils ont non seulement aidé les tribaux à faire entendre leur voix et ont défendu leur droit à l’autodétermination. Bien que l’on puisse voir qu’il y a des raisons pragmatiques derrière ces «bonnes actions» car les Maoïstes ont besoin de recrues et de caches pour continuer leur combat, le fait que le gouvernement ait créé un vide en ignorant les besoins des tribaux ne peut pas être nié. Les maoïstes n’ont capturé que l’espace qui a été créé en raison de l’apathie de l’État.

La malnutrition et la pauvreté chez les tribaux prouvent que l’établissement indien a peu d’intérêt pour cette communauté appauvrie. Au contraire, il est plus enclin à soutenir un modèle de développement qui s’adapte aux riches qui cherchent à déplacer les tribus pour s’approprier les minéraux afin de générer d’énormes profits. Depuis que les entreprises d’extraction ont tenté d’étendre leurs opérations dans les zones tribales, le conflit s’est intensifié.

Du point de vue tribal, les forces paramilitaires sont envoyées dans ces zones pour les forcer à quitter leurs terres sous le couvert de libérer les forêts des extrémistes de gauche. Pour cela, les corps des femmes tribales sont fréquemment utilisés comme champ de bataille par les soldats. Les viols policiers sont monnaire courante et ceux qui émettent la voix de la dissidence sont soit morts dans des fusillades organisées ou des tortures. Les activistes et les journalistes sont découragés de visiter les régions s’ils veulent avoir une évaluation indépendante de la situation. Dans certains cas, les militants de la justice sociale ont été obligés de partir ou ont été menacés par des accusations en vertu de lois draconiennes après avoir été qualifiés de partisans maoïstes.

Aveuglé par le nationalisme, le grand public, dérangé par la mort des soldats, doit se réveiller et voir comment la république indienne traite ses propres citoyens. Le clip audio de Vikalp – une porte-parole maoïste qui a été publié après l’attaque du 24 avril doit être contextualisé. Elle a déclaré que l’attaque était en réponse à la violence sexuelle contre les femmes tribales.

Si le gouvernement ne veut pas écouter les Maoïstes, qu’il veut voir renoncer à la violence, alors écoutez au moins des gens comme Varsha Dongre – une femme gardien de prison qui avait exposé les abus sexuels de la police contre des femmes tribales. Dongre a posté sur Facebook qu’elle a été témoin de la façon dont les jeunes femmes tribales ont été victimes de violences sexuelles par les soldats. Les policiers considèrent les femmes non mariées comme des insurgées maoïstes potentielles et leur tripotent les seins pour voir si elles allaitent. Au lieu d’enquêter sur les faits dénoncés par Dongre, le gouvernement l’a suspendue du travail en citant des règles qui empêchent les fonctionnaires de donner une opinion personnelle sur les politiques gouvernementales. En même temps, les fonctionnaires qui utilisent les médias sociaux pour intimider les militants de la justice sociale continuent de bénéficier de l’impunité.

Ceci ne veut pas dire que les Maoïstes ont raison à cent pour cent. Une révolution ne peut être atteinte en tuant quelques soldats qui viennent aussi de familles pauvres, mais seulement avec leur soutien et le soutien des masses. Néanmoins, la faute de toute cette situation repose sur les dirigeants indiens qui restent indifférents à la part la plus faible de la société qui n’a d’autre alternative que de lutter contre la répression. N’oubliez jamais que les tribaux ont toujours lutté pour leurs droits, que ce soit sous l’occupation britannique ou l’occupation d’autres dirigeants dans le passé. Même si les Maoïstes disparaissent complètement, ils se battront encore, sinon avec les armes, avec des arcs et des flèches pour la dignité et le respect de soi.

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