Impérialisme français en Inde: l’ambassadeur de France parle à l’occasion d’Aero India 2017

A&C : Comment définiriez-vous la place des industriels français du secteur aéronautique en Inde ?

Alexandre Ziegler : Les entreprises françaises du secteur aéronautique sont très présentes en Inde, dans le secteur civil comme dans le secteur militaire. Elles le sont depuis longtemps, parfois plusieurs dizaines d’années. Elles ont ainsi pu développer avec leurs partenaires indiens une étroite relation de confiance.

Dans le domaine de l’aéronautique civile commerciale, les avionneurs Airbus et ATR sont deux acteurs essentiels. Sur le marché indien des moyens et long-courriers, Airbus compte pour presque 60% des parts de marché, avec environ 240 avions en service actuellement. Les compagnies low cost indiennes telles Indigo et GoAir ont ainsi récemment passé à Airbus des commandes très importantes, de respectivement 250 et 72 appareils en 2015 et 2016. Ces clients ont fait le choix de commander un seul type d’appareil, l’A320, pour réduire leurs frais d’exploitation, ce qui garantit un lien fort avec Airbus à l’avenir. Indigo surtout, avec presque 40% du marché domestique, offre de belles perspectives. Les deux nouvelles compagnies privées indiennes, Vistara et AirAsia India, ont fait le même choix et cherchent à augmenter leurs flottes d’Airbus pour accéder au marché international.

ATR est également un acteur important sur le marché régional, avec 24 avions en service en Inde, plus de la moitié des appareils de cette catégorie. Ce secteur, peu développé aujourd’hui, est appelé à croître fortement à l’avenir.

On ne peut bien sûr pas parler d’Airbus et ATR sans mentionner le tissu de leurs fournisseurs, en premier lieu Safran et Thales. Safran, présent en Inde depuis plusieurs décennies, fournit notamment les moteurs et/ou l’équipement d’une majorité des avions et des hélicoptères indiens. Elle est aussi active dans le secteur du MRO avec un centre de formation à la maintenance à Hyderabad.

Dans le domaine militaire, les entreprises françaises sont également très bien positionnées et souvent présentes depuis très longtemps. La signature de l’accord intergouvernemental portant sur la vente de 36 Rafale le 23 septembre dernier, a constitué un succès historique pour l’ensemble du tissu industriel aéronautique français au travers du GIE Rafale emmené par Dassault Aviation. Ce succès est venu ouvrir un nouveau chapitre dans une histoire aéronautique militaire franco-indienne prestigieuse, qui remonte à l’indépendance de l’Inde.

Chacun des grands groupes aéronautiques français a une longue histoire de coopération avec l’Inde : Dassault Aviation a fourni cinq générations successives d’avions de combat aux forces armées indiennes. Thales est un fournisseur absolument essentiel d’électronique et d’avionique embarquée sur la plupart des aéronefs indiens mais aussi de radars. Safran motorise 70 % des hélicoptères militaires indiens, notamment ceux développés par le principal industriel indien du secteur, Hindustan Aeronautics Ltd, et ses centrales inertielles équipent la plupart des aéronefs de l’armée de l’Air indienne. Airbus est un fournisseur historique d’hélicoptères légers à l’Inde, et dans le domaine des armements embarqués, MBDA a équipé plusieurs générations d’avions de combat indiens.

Ce positionnement stratégique des industriels français est renforcé par des partenariats industriels croissants avec des entreprises publiques et privées indiennes. Pour n’en citer que quelques-uns, Dassault Aviation et Reliance ont décidé de s’associer dans le domaine de l’aviation de combat, Thales et Bharat Electronics Ltd ont une co-entreprise dans le domaine des radars, Safran et HAL ont une co-entreprise dans le domaine du MRO des moteurs d’aéronefs et MBDA et Larsen & Toubro viennent d’annoncer une co-entreprise dans le domaine des missiles. Ces alliances industrielles franco-indiennes vont contribuer à renforcer la pérennité de la présence industrielle française en Inde dans les décennies à venir.

Cette position peut-elle, selon vous, se renforcer ?

Le marché indien est en plein développement et l’industrie aéronautique française a tous les atouts nécessaire pour y renforcer encore ses positions. Le marché domestique indien de l’aviation commerciale est particulièrement porteur en ce moment. Il a enregistré une croissance de 23,8% en 2016 et devrait doubler dans les 5 années à venir. Airbus a aujourd’hui un portefeuille de commandes qui correspond à un rythme de livraisons d’environ 40 avions par an jusqu’en 2025 ! De la même façon, le marché domestique des avions de type régional est appelé à croître fortement depuis la mise en place par le gouvernement d’un plan pour promouvoir la connectivité régionale. Avec ses modèles de 40 à 70 sièges, ATR est en très bonne position pour pleinement profiter de ce développement à venir.

Par ailleurs, la flotte d’avions indiens, et en particulier les 240 Airbus actuellement en service, ont besoin d’un réseau de services. Bangalore est devenue le centre d’ingénierie d’Airbus en Inde, fournissant des services non seulement pour Airbus mais pour toute l’industrie aérospatiale indienne et internationale. Airbus est également en train de mettre en place un centre de formation pour pilotes à New Delhi. Ce secteur des services est appelé à croître au fur et à mesure de l’augmentation de la flotte Airbus en Inde.

Dans le domaine militaire, les besoins restent immenses, à la mesure du pays, de son environnement géopolitique complexe et de sa croissance économique importante. Je crois aux perspectives du Rafale, au-delà des 36 acquis l’an dernier, tant pour l’armée de l’Air que pour la Marine qui recherche un nouveau chasseur embarqué multirôle pour ses porte-avions. Airbus Helicopters est aussi très présent sur plusieurs campagnes en cours. Enfin, Safran, Thales et MBDA ont de nombreuses campagnes actives dans tous les domaines.

Quel est le rôle de l’Ambassade de France dans le développement des relations entre les industriels français et indiens ?

L’Ambassade joue pleinement son rôle au service des industriels français. Elle le fait à travers ses contacts réguliers avec les autorités indiennes, au plus haut niveau politique comme au niveau des administrations en charge de l’aviation civile et de la défense. Elle le fait aussi grâce à sa connaissance du pays, de son économie, de son paysage industriel, de ses règles fiscales et administratives, de ses procédures d’appels d’offres, en jouant un rôle important de conseil et de facilitateur à l’égard des entreprises françaises. Les grands groupes sont déjà très présents en Inde et comprennent le plus souvent bien les règles de ce vaste marché. Mais il reste encore beaucoup à faire pour accompagner localement tout le tissu de leurs fournisseurs. Je note à cet égard la présence croissante des ETI et PME. Au salon aéronautique de Bangalore, la semaine dernière, une cinquantaine d’entreprises françaises étaient présentes cette année sous l’égide du pavillon France, ce qui constitue un record et a hissé la France à la première place de ce salon en termes de présence étrangère. En partenariat avec le GIFAS, nous avons organisé plusieurs évènements pendant le salon permettant à ces entreprises, et tout particulièrement celles qui découvrent l’Inde, d’interagir avec les services de l’Ambassade, avec les autres entreprises présentes et avec des acteurs indiens du secteur. Nous préparons dans les mois à venir d’autres évènements similaires, en particulier à destination des PME qui souhaitent prendre la mesure des potentialités du marché indien.

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